Foreword by Pascal Lamy, Institut Jacques Delors

“Obstacles and obsolete restrictions persist while immense challenges are knocking at our door Let us vigorously resume the task of deepening our internal market with the new tools suited to the economy of tomorrow. It is there that we will find, as Jacques Delors did 30 years ago, a source of job growth and renewed progress.”

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Pascal Lamy

Honorary President of the Institut Jacques Delors Former Director-General of the World Trade Organisation, former European Commissioner, and former Head of Cabinet of European Commission President Jacques Delors (1985-1995)

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Jacques Delors, the then President of the European Commission, made the ‘Single Market’ the vector of European revitalisation, to transform a ‘common market’ which had run out of steam since its inception. Almost 30 years ago, with the clear deadline of the ‘Objective 1992’ he succeeded in mobilising both the administrative machinery and diverse political viewpoints. More than that, he also drew together the vital forces of our countries to make this market a truly collective achievement.

Completing the internal market was about erasing borders for producers, to enable the free movement of people, goods, services, and capital. It inevitably meant bringing together economies which until then had been domestically driven, especially in times of turbulence. It required shaking up bureaucratic habits, questioning established positions, and redrawing the geographical trade routes.

Jacques Delors rightly believed that this Schumpeterian enterprise could only succeed if it was united by Beveridgian mechanisms. The relaunch of European social dialogue and the considerable growth of structural funds have made it possible to support, among workers, including those in the most remote areas, the transformations induced by the upsurge of entire economic sectors, generating growth and jobs. This specifically European intertwining makes it a ‘social market economy’ and it has delivered unprecedented successes, thanks to its attractiveness. It has become a European trademark, the particular nature of our capitalism. “We do not fall in love with the internal market”, as Delors said to explain the difference between economic integration and political integration, but this market has indeed become a constituent element of our European identity.

For all these reasons, the construction of the Single Market must resume. Obstacles and obsolete restrictions persist while immense challenges are knocking at our door. New features are emerging as the very concept of value creation is undergoing an enormous shift. With the green and digital transitions to be delivered, the internal market is set to go through a comprehensive transformation. The testimonies of leaders from all sectors presented in this publication outline both the scale and the specificities of the task in hand. In the goods market, and even of course in the services market, there are still many cases where interoperability is sorely absent and therefore needs to be facilitated. Networks still need to be linked; national rules, norms, and standards need to be harmonised or mutually recognised; and so much common infrastructure remains to be built.

Eloquent examples are given by the CEOs of Nokia and Vodafone about the European delay in allocating the spectrum to deploy 5G, a technology now vital to European competitiveness. As we know, this requires allocating research where it can more immediately drive innovation and yield economic returns.

Akin to ‘Europe 92’, completing the integration process is not limited to being a legal, administrative and technical undertaking, however vast and indispensable it may be. Rather, this is a process that must provide renewed social engagement and educational incentives to ensure the new skills required by the twin green and digital transitions of our economies become readily available. The completion of the internal market is therefore prompting a colossal task involving professional transformations, vocational training, re-qualifications, and the creation of new jobs. It is a concerted effort that requires all stakeholders to play their part.

In doing so, Europe is working not only to ensure its future prosperity, but also its own security. The geopolitical situation has been turned upside down since the Delors years, which enjoyed a more peaceful geo-economic context. Our world is becoming subject to tensions and has become more complex against the backdrop of Sino-American rivalry. In this context, the European Union must strengthen its political and economic power.

To overcome these obstacles, nothing will help us better than leveraging the European Union’s main asset: the volume of its Single Market, defined by its territory multiplied by the depth of integration, whose responsibility lies in our hands. Let us therefore vigorously resume the task of deepening our internal market with the new tools suited to the economy of tomorrow. It is there that we will find, as Delors did 30 years ago, a source of job growth and renewed progress.

Jacques Delors, alors président de la Commission, avait fait du « marché unique » le vecteur d’une relance européenne en transformant profondément un “marché commun” qui s’était essoufflé depuis ses origines. Avec l’échéance claire de « l’Objectif 1992 », il y a bientôt 30 ans, il sut mobiliser non seulement l’appareil administratif et les volontés politiques de tous bords mais aussi les forces vives de nos pays pour faire de ce marché une réalisation véritablement collective.

Achever le marché intérieur, c’est-à-dire effacer les frontières pour les producteurs, permettre concrètement la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux, c’était inévitablement faire entrer des économies jusqu’alors très nationales en zone de turbulences. C’était bousculer les habitudes bureaucratiques, remettre en cause des positions établies, redessiner les circuits d’échanges dans leur géographie même. Jacques Delors estimait, à juste titre, que cette entreprise schumpétérienne ne pouvait réussir qu’en étant étroitement équilibrée par des mécanismes beveridgiens. La relance du dialogue social européen et l’essor considérable donné aux fonds structurels ont ainsi permis d’accompagner, auprès des travailleurs comme dans les territoires les plus reculés, les transformations induites par la libéralisation de pans économiques entiers génératrice de croissance et d’emplois. Cette imbrication propre à l’Europe, qui fait d’elle une « économie sociale de marché », fut gage d’un succès inédit à la base de son attractivité. Elle est devenue une marque de fabrique européenne, une singularité de notre capitalisme. « On ne tombe pas amoureux du marché intérieur », disait Delors pour expliquer la différence entre l’intégration économique et l’intégration politique, mais ce marché est bien devenu un élément constitutif de notre identité européenne. 

Le chantier est pourtant aujourd’hui à reprendre. Des obstacles et interdits surannés subsistent alors que d’immenses défis se présentent. De nouvelles particularités se font jour avec la dématérialisation de la création de valeur. Avec une transition écologique et une transition numérique à opérer de concert, le marché intérieur est appelé à se renouveler dans nombre de ses aspects. Les témoignages de dirigeants de tous secteurs présentés dans la présente publication signalent à la fois l’ampleur et les spécificités de la tâche. Sur le marché des biens, et encore bien davantage sur celui des services, il reste tant d’interopérabilités à établir, d’infrastructures communes à construire, de réseaux à relier, de règles nationales, de normes et de standards à harmoniser, ou à reconnaître mutuellement. Un exemple éloquent, parmi d’autres, est donné par les PDG de Nokia et de Vodafone à propos du retard européen pris dans l’allocation des spectres pour déployer la 5G, technologie aujourd’hui si vitale à la compétitivité européenne. Celle-ci, on le sait, requiert aussi que la recherche soit plus immédiatement reliée à l’innovation qui en assurera les débouchés. 

Cependant, comme pour « Europe 92 », mener à bout ce processus d’intégration n’est pas seulement une entreprise légale, administrative et technique, aussi vaste et indispensable soit-elle. Le processus doit comprendre aussi un nouvel accompagnement social de manière à ce que soient prêtes et disponibles les nouvelles compétences requises par la double transition écologique et numérique de nos économies. C’est donc un immense chantier de formation professionnelle, de conversions, de requalifications et de création de nouveaux emplois que lance aussi l’achèvement du marché intérieur. Toutes les parties prenantes doivent être au rendez-vous.

Ce faisant, l’Europe n’œuvre pas seulement pour assurer sa prospérité future mais aussi sa propre sécurité. La donne géopolitique a été bouleversée depuis les années Delors qui avait vu les avancées de la géo-économie, plus pacifique. Notre monde se tend et se complexifie sur fond de rivalité sino-américaine et l’Union Européenne, dans ce contexte, doit renforcer sa puissance politique, donc économique. Si l’on considère les obstacles qu’il faudra surmonter pour y parvenir, rien ne peut y contribuer davantage que de renforcer l’effet de levier de son principal acquis, je veux dire le volume de son marché, qui est le multiple de sa surface sur laquelle nous avons peu de prise, et de sa profondeur qui, elle, est entre nos mains. Reprenons donc vigoureusement l’entreprise d’approfondissement de notre marché intérieur avec de nouveaux outils adaptés à l’économie de demain, et nous y trouverons, comme Delors le fit il y a trente ans, un gisement de croissance d’emplois et de progrès

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